Thérèse est née le 30 décembre 1947 dans un rang isolé du village de Champlain, à l'est de Trois-Rivières. La coutume religieuse de l'époque exigeait que les nouveau-nés soient baptisés le plus tôt possible. Dès le lendemain, son père, Léo, a donc préparé le cheval pour l'atteler au traîneau. Pour affronter le voyage, on a fait chauffer des briques sur le poêle pour se garder les pieds au chaud. À travers le froid et la neige, le traîneau a parcouru les quelques kilomètres jusqu'à l'église de Champlain. C'est ainsi que Thérèse a vécu sa toute première journée de vie, une aventure qui allait la marquer pour le reste de sa vie.
Thérèse a grandi dans la maison familiale avec six soeurs et un frère et sur une terre que les Toutant possédaient depuis 1692. Son enfance est marqué par le travail de la ferme, la pauvreté et les animaux, trois thèmes qu'elle exploitera plus tard dans ses oeuvres. Il faut également souligner que son père jouait du violon régulièrement dans les fêtes familiales et celles du village. Cette image de violoneux (le therme est bien choisi, car il n'était pas violoniste), allait également devenir pour elle un symbole d'inspiration.
Au cours de sa jeunesse, elle s'adonne aussi au dessin et se découvre un talent qui devient d'abord un simple passe-temps. On ne sait trop comment, mais le célèbre magazine Sélection du Reader's Digest lui a proposé d'illustrer ses quatrième de couverture. Par crainte de la célébrité ou de devoir s'éloigner, Thérèse a refusé le contrat.
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| 11 juillet 1970. |
En 1968, lors d'une soirée dansante, elle fait la rencontre d'Albert Veillette, un jeune homme du Cap-de-la-Madelaine. Graduellement, ils vont s'écrire et se voir plus souvent, si bien que leur relation s'approfondit. Toutefois, leur amour a bien failli s'éteindre dans l'oeuf car en juillet 1968, ils ont subi un grave accident à Batiscan. Dans la Rambler Ambassador d'Albert, se trouvaient alors Michel et Janine, frère et soeur de Thérèse, ainsi que Jean-Louis Veillette, le frère d'Albert. Aveuglé par les phares d'un véhicule, Albert a perdu le contrôle de sa Rambler blanche, fracassant un poteau, déviant sa course au-dessus de la route 2 (138) et terminant sa course dans un arbre qui, lui, refusa de bouger. Tous les passagers étaient blessés, sauf Michel, qui s'en tirera avec un bleu dans le front.
Pour sa part, Thérèse est blessée à un genou, au visage et porte une fracture ouverte à son coude gauche. Un médecin lui signale qu'elle ne retrouvera plus jamais l'usage à 100% de son bras. Refusant d'accepter ce verdict, Thérèse multipliera les exercices et, finalement, ne gardera aucune séquelle de cet accident.
Thérèse et Albert continuent de se fréquenter, même si elle travaillait maintenant à Québec pour l'Office de la Langue Française. Albert parcours régulièrement la distance à bord de sa nouvelle voiture, une Chevrolet Nova 1969. Le mariage a lieu le 11 juillet 1970, après quoi les jeunes mariés se sont installés dans un appartement de la rue Des Châtelets, au Cap-de-la-Madeleine.
Lorsque Thérèse est tombée enceinte, les jeunes mariés se sont entendus pour que Thérèse quitte son emploi et devienne ménagère afin de prendre soin de son enfant, alors qu'Albert a poursuivi sa carrière d'électricien à l'Hydro-Québec. C'est par un samedi matin de novembre 1971 que Thérèse donna naissance à son fils, son premier et dernier enfant. Ce matin-là, elle s'en souviendra longtemps, les voitures étaient recouvertes d'un ou deux pouces de neige.
Le 2 novembre 1972, la petite famille prenait possession d'une maison toute neuve, sur la rue Beaudry, toujours au Cap-de-la-Madeleine. Albert et Thérèse souhaitaient avoir trois enfants, mais les choses se compliquent lorsque Thérèse fait une grossesse ectopique. La médecine de l'époque lui fait subir "la grande opération". La santé de Thérèse décline et elle en aura pour 5 ans avant de s'en remettre.
Lorsque ses forces reprennent le dessus, elle se lance dans ce qui avait été l'une de ses passions avant le mariage: le dessin et la peinture à l'huile, un médium qui ne la quittera plus pour les trois prochaines décennies. C'est au printemps 1976 qu'elle participe à sa première exposition de groupe, qui se déroule à l'Aréna Jean-Guy-Talbot, au Cap-de-la-Madeleine.
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| Première exposition à l'Aréna Jean-Guy-Talbot, au printemps 1976. |
En 1977, elle gagne en confiance et décide de participer à une seconde exposition de groupe, cette fois au Foyer Père Frédéric, toujours au Cap-de-la-Madeleine. Sur une photo prise à cette occasion, on voit bien que sa santé est encore fragile, mais son talent la pousse à produire davantage et de développer sa confiance comme artiste.
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| Exposition au Foyer Père-Frédéric, en 1977. |
Afin de s'enrichir, elle s'inscrit en Histoire de l'Art à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Dans son élément, elle deviendra une étudiante modèle et assidue. Elle-même en train de devenir une artiste-peintre, Thérèse reste humble et s'intéresse réellement aux oeuvres des autres artistes. Elle parcourt les galeries et expositions, en plus de se documenter sur les grands artistes de renom. L'université est aussi pour elle l'occasion de tester différents médiums mais aussi de fréquenter différentes personnes, dont certaines deviendront des amis. Il suffit de penser à Claudette Duchênes, qui exposera plus tard avec elle, en plus de l'aider à fonder le Groupe Entr'artistes, actif en Mauricie à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
À partir de 1988, Thérèse multiplie les expositions et son nom circule en Mauricie. Elle fréquentera d'autres artistes, comme Pierre Labrecque, Normand Boisvert et Monique Mercier. Plus récemment, alors qu'elle ne touchait plus ses pinceaux, elle me confiait son amour pour le style de Raymond Caouette, un autre peintre champlainois.
Les efforts de Thérèse sont récompensées en 1989 lorsqu'elle paraît dans Le Guide Vallée, 2e édition. Désormais, son nom côtoyait celui des plus grands. Malheureusement, Le Guide Vallée ne connaîtra qu'une seule autre et dernière édition en 1993. Il s'agissait pourtant d'une référence dans le domaine, en plus d'aider à faire connaître les artistes d'ici.
Au début des années 1990, Thérèse aura aussi beaucoup de plaisir à organiser des cours à des jeunes qui souhaitaient s'améliorer en dessin et en arts plastiques. Elle leur permettra même de vivre l'expérience d'un véritable vernissage.
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| Visite à la Vieille Prison de Trois-Rivières. |
Vers l'an 2000, Thérèse a l'idée de rendre hommage au "hommes à chevaux", c'est à dire ces travailleurs qui utilisaient autrefois le cheval comme moyen de déplacement pour pratiquer leur métier. Il suffit de penser aux laitiers, aux boulangers, aux taxis, aux marchands de fruits et légumes, etc. Son projet l'amènera à peindre quelques toiles à l'huile pour illustrer ces métiers, et cela lui vaudra de faire la une pour l'Hebdo Journal.
Au tournant de 2010, incommodée par un mal persistant dans le haut du dos et aussi l'odeur de la peinture à l'huile, elle cesse graduellement de peindre mais touche à d'autres médiums. Toutefois, son expérience lui permet de reconnaître les copies en un seul coup d'oeil. Elle détestait les copies et encourageait plutôt les débutants et débutantes à créer leurs propres oeuvres, à développer leur propre style.
Au cours de sa carrière de peintre, elle aura surtout été influencée par sa jeunesse à la campagne et autres souvenirs qui s'y rattachent. Par exemple, elle illustrera plusieurs anciens métiers qui s'effectuaient à l'aide de chevaux, comme les bûcherons, le laitier, le boulanger, etc. En tant qu'artiste, elle s'efforçait de faire revivre des scènes du passé qu'elle avait elle-même vécue ou imaginé suite à ses nombreuses rencontres avec des personnes plus âgées qu'elle et qui n'hésitaient pas à lui partager leurs souvenirs.
En 2015, c'est à l'église de Champlain qu'elle présente une exposition sur les robes de mariées d'époque, un projet sur lequel elle a investi beaucoup d'heures. Elle continue de s'impliquer dans la Société historique de Champlain, la danse et un projet de livre sur les petites écoles de rang de Champlain.
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| Cette photo prise le 21 juillet 2024 est la dernière qui représente la petite famille réunie avant que la maladie s'empare de Thérèse. |
Le 24 septembre 2024, Thérèse est devenue tellement confuse qu'elle quitte sa résidence du Cap-de-la-Madeleine en ambulance. Elle n'y reviendra plus jamais. Un mois et quelques batteries d'examens plus tard, le verdict tombe: l'Alzheimer. Bien qu'elle parle encore beaucoup, les véritables moments de lucidité sont déjà rares. Elle est plongée dans un monde imaginaire qui est inaccessible pour son entourage.
Le 11 juillet 2025, Albert rend visite à Thérèse à l'hôpital Cooke, pour souligner leur 55e anniversaire de mariage. Contre toute attente, quand Albert lui demande si elle se souvient quel jour c'est, elle se rappelle qu'il s'agit de leur anniversaire de mariage. La réponse donne lieu à un grand moment d'émotion.
Ce sera la dernière fois qu'elle connaîtra un instant d'une telle lucidité.
Le 29 juillet 2026, le personnel de l'hôpital Cooke a expliqué au fils de Thérèse qu'on se dirigeait maintenant vers des soins de fin de vie. Après cette rencontre, il est passé à la chambre de sa mère afin d'aller la voir. Ce fut un choc. Il a compris en un regard que la fin était beaucoup plus proche qu'il ne l'aurait cru. Les yeux rempli de larmes, il lui posa sa main droite sur le côté gauche de son visage. Elle respirait difficilement et ne mangeait plus depuis quelques jours déjà. Il lui dit une dernière fois à quel point il l'aimait, puis il est sorti de la chambre, complètement dévasté.
Au cours de la nuit suivante, le 30 juillet 2026, à 1h15, Thérèse s'est éteinte paisiblement dans son lit d'hôpital.
Thérèse Toutant, cette grande passionnée de la vie, laisse derrière elle un projet de livre inachevé sur les petites écoles de Champlain, un manuscrit sur lequel elle travaillait depuis plusieurs années.
Par ce blogue, son fils espère lui rendre hommage et faire en sorte que Thérèse ne soit pas oubliée.
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